![]() Est-ce la dernière image que nous aurons d'elle ? J'ai appris que dès le départ de l'envoyé des Nations unies en Birmanie, des camions remplis de prisonniers avaient quitté le centre de Rangoon. L'armée a déjà arrêté tous ceux qui ont abrité les moines et les étudiants lors des manifestations. Plus sinistre encore, les militaires annonçaient par haut-parleurs : "Vous devez rester chez vous. Ne sortez pas. Nous avons les photos de ceux que nous recherchons. Nous connaissons vos visages. On va vous arrêter." Nous n'avons rien fait pour aider cette population dont le courage ne lui vaut qu'emprisonnements, tortures et " disparitions ". Pire, ces visages, bravant tout, que nous avons découverts sur nos télévisions et qui croyaient par ces images que nous viendrions à leur secours sont piégés par ces images même. Je ne peux m'empêcher de croire que nous, Européens, nous n'avons rien fait pour empêcher ce scénario. Je m'en veux, je me trouve naïve. Toutes ces paroles entendues : "la France n'investira plus en Birmanie à partir de maintenant". Cela m'avait semblé si fort, j'étais même fière. Une décision digne de la patrie des droits de l'homme. Je croyais que la France allait agir de sorte que la communauté internationale, sur les télés, sur les "news", serait sidérée de notre audace et de notre courage en nous voyant retirer nos intérêts de Birmanie. A la conférence de presse où j'avais annoncé ce "triomphe", les visages ne s'allumaient pourtant d'aucune réjouissance. Un journaliste me rétorquait abruptement : "Mais c'est le retrait de Total qui compte !" Le message clair aurait été que la France montre le chemin, une moralité plus forte que l'argent. La conviction que nous démocrates, depuis la Révolution, nous avons fait un sacrifice qui en valait la peine. Pourquoi n'avons-nous pas même pris l'initiative de créer un compte séquestre sous contrôle international où seraient versés les revenus du gaz birman ? Ces centaines de millions de dollars seraient alors destinés au peuple birman et non, comme actuellement, à ses tortionnaires. Je crains en effet qu'on ne puisse pas pointer du doigt chinois et russes, qui eux n'ont connu que répression et violence. Nous, pays de la liberté, nous n'étions pas capables de plus d'honneur… La politique n'est décidément pas pour moi. S'il devait arriver malheur à Madame Aung San Suu Kyi, si nous apprenions, et nous ne tarderons pas à l'apprendre, le nombre des tortures et des morts…j'aurai autant honte en tant que citoyenne anglaise et française. Le destin nous a donné la chance de nous racheter de nos comportements passés…et nous ne l'avons pas saisie, nous n'avons rien fait pour changer le cours de l'histoire. Je me rappelle la déception que j'ai vue sur le visage de Sein Win, Premier ministre du gouvernement birman en exil, une expression de tristesse, tout comme celle d'Aung San Suu Kyi sur Internet, le visage hagard... Est-ce là la dernière image que nous aurons d'elle ? Je vous en supplie, faisons en sorte que non. Jane Birkin |